16 janvier 2026
Évaluation des performances des centres de tri des déchets d’activités économiques en France
Contexte de l’étude
Les déchets issus des activités économiques (déchets produits par les entreprises et non par les ménages) représentent une ressource majeure en France, avec environ 64 millions de tonnes générées en 2021 (hors construction et travaux publics). Leur gestion est désormais encadrée par d’importantes évolutions réglementaires : généralisation du tri à la source (5 puis 8 flux), objectifs de réduction de la mise en décharge et extension des filières de Responsabilité Élargie du Producteur (REP). Dans ce contexte, l’ADEME a lancé une étude nationale visant à mieux comprendre la production des déchets d’activités économiques ainsi que leurs installations de tri et de traitement, à mesurer leurs performances réelles et à anticiper les évolutions du secteur.
Objectifs de l’étude
Cette étude poursuit trois objectifs principaux :
- Dresser un état des lieux des équipements de tri disponibles sur le marché et de leurs performances théoriques.
- Observer et quantifier les performances réelles des centres de tri de déchets d’activités économiques à travers des audits de terrain, afin d’identifier les pratiques, les limites et les axes d’amélioration.
- Développer une méthodologie d’évaluation des performances et analyser les perspectives d’évolution du secteur, notamment au regard des besoins futurs en matières premières recyclées.
Une approche complémentaire en quatre phases
Phase 1 : Base de données des équipements
Près de 50 fabricants et fournisseurs ont été consultés afin de constituer une base de données détaillée des équipements influençant directement ou indirectement le tri : cribles, séparateurs aérauliques et densimétriques, trieurs optiques, séparateurs de métaux, broyeurs, ainsi que les équipements annexes (brumisation, dépoussiérage, convoyage). L’étude a identifié les fonctions, les contraintes d’usage et les performances typiques de ces technologies. Cette étape a permis d’établir un panorama clair des standards industriels et a servi de référence pour comparer la théorie aux pratiques observées sur site.
Phase 2 : Audits et performances réelles
Les audits (18 au total) ont permis de collecter des données cohérentes sur les tonnages, l’organisation du tri, la traçabilité, les modes de valorisation et la qualité des refus. La variabilité du flux entrant constitue un défi structurel pour le tri des déchets d’activités économiques. Afin d’en tenir compte, une méthodologie simple d’identification visuelle a été mise en œuvre sur une semaine. Les caractérisations montrent que les flux mixtes sont composés en moyenne de (voir figure 1) :
- Bois : 28 % (dont une part importante de bois de catégorie B)
- Matériaux inertes : 19 %
- Matériaux fins / non reconnaissables : 34 %
- Autres matériaux : 19 % (cartons, plastiques, métaux, textiles, plâtre, etc.)
Figure: Composition moyenne globale en masse des flux mixtes
Les déchets valorisés (pour la récupération des matériaux) sont principalement constitués de bois, de carton, de matériaux inertes et de métaux, tandis que le reste est envoyé vers la valorisation énergétique, les CSR, le surtri ou l’enfouissement, en fonction du contexte économique et de l’accès aux filières en aval (voir figure 2).
Figure 2: Méthodes de traitement des matériaux non recyclables
Phase 3 : Méthodologie de classification des performances
À partir des données issues des audits et d’un travail collaboratif avec les exploitants, l’étude a développé un outil de classification fondé sur deux familles de critères :
- Critères de catégorisation (afin de comparer des centres de tri similaires) : niveau de mélange des flux entrants et nombre de machines de séparation, complétés par le tonnage annuel et le nombre de flux sortants.
- Critères de performance :
- Valoscore : indice valorisant les débouchés matière par rapport aux débouchés énergétiques ou à la mise en décharge,
- Taux de refus,
- Taux de matière valorisable dans les refus, révélant les pertes de matières recyclables.
Phase 4 : Étude de marché des matières triées
Sur la base d’une revue de littérature et d’entretiens avec des fédérations et des entreprises, dix flux de déchets présentant le plus fort potentiel de tri et de recyclage au sein des déchets d’activités économiques ont été identifiés. Cette analyse a pris en compte les besoins du marché, les secteurs utilisateurs de matières recyclées, ainsi que les contraintes économiques, réglementaires et techniques associées à leur utilisation.
Les résultats montrent que trois des dix flux constituent des flux prioritaires, au regard de leurs quantités dans les déchets d’activités économiques et des leviers d’amélioration potentiels via l’éco-conception, la collecte sélective, le tri et le recyclage : le PVC, les plastiques rigides noirs et les isolants. Des recommandations stratégiques sont proposées afin d’améliorer l’utilisation de matières recyclées.
Perspectives pour le secteur
L’étude met en évidence que le secteur du tri des déchets d’activités économiques connaît des évolutions rapides, sous l’effet combiné de :
- Évolutions réglementaires (REP, taxe carbone, etc.)
- Conditions économiques des filières aval
- Progrès technologiques
À court terme (2025-2030), ces tendances devraient globalement favoriser le développement du tri et de la valorisation matière, avec un impact plus marqué pour les centres mécanisés, mieux armés pour faire face à des flux de plus en plus complexes et à des exigences accrues en matière de qualité.
Apports de l’étude
Cette étude constitue un cadre de référence inédit permettant de :
- Mieux comprendre l’offre technologique et ses performances
- Évaluer de manière objective les performances réelles des centres de tri de déchets d’activités économiques
Proposer une méthode de classification claire et reproductible - Identifier des flux de recyclage stratégiques et des leviers d’action
- Anticiper les investissements et les transformations nécessaires pour répondre aux futures obligations de tri et aux besoins industriels en matières premières recyclées.
Elle fournit ainsi une base opérationnelle pour accompagner les acteurs du tri, orienter les politiques publiques et renforcer la transition vers une économie circulaire performante.
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